Un mécène pour l’abbé Breuil

Par l’intermédiaire de G. Saige, que connaît É. Cartailhac, le Prince découvre les relevés des fresques polychromes réalisés par l’abbé H. Breuil des peintures rupestres des grottes d’Altamira, Font-de-Gaume et Marsoulas. Le Prince perçoit la portée scientifique de ces travaux (reconnaissance de l’authenticité et de l’ancienneté des peintures pariétales), mais est tout autant séduit par la valeur esthétique de ces relevés et par la formidable beauté du bestiaire fantastique qui lui est présenté. En novembre 1904, il décide de prendre à sa charge le coût élevé de leur publication et de commanditer les futurs travaux de l’abbé Breuil en Espagne.

"Depuis le temps de notre expédition d’Altamira, É. Cartailhac avait commencé à faire exécuter des planches en couleur de mes relevés et il s’était rapidement trouvé en difficulté pour payer leur fabrication. Il s’en ouvrit à diverses personnes, dont monsieur Saige et monsieur Boule. [...] Monsieur Saige, à Paris, me fit demander les dossiers d’Altamira, Font-de-Gaume et Marsoulas, afin de les montrer au Prince Albert de Monaco ; celui-ci s’y intéressa vivement, demanda que je lui sois présenté, et finit par prendre à sa charge ces publications et toutes celles de ce genre que nous entreprendrions, ainsi que les fouilles et expéditions à faire pour établir l’âge des peintures et gravures des cavernes et en découvrir d’autres. Monsieur Louis Mayer, son conseiller intime, établit à ce sujet un traité en règle entre le Prince, monsieur Cartailhac et moi, auquel j’agrégeai un peu après Hermilio Alcalde del Rio (1906) pour ses découvertes cantabriques de même nature. C’était l’avenir assuré provisoirement pour nos recherches et une première étape vers la fondation de l’Institut de paléontologie humaine."
H. Breuil

Le Prince Albert Ier visite les chantiers des abbés H. Breuil et H. Obermaier en Espagne.
L’Espagne et ses grottes ornées occupent une place essentielle dans l’intérêt que porte le Prince aux études préhistoriques.

"Une des gloires de l’Espagne sera toujours d’avoir contribué d’une manière si brillante à établir la véridique histoire de l’humanité"
dira-t-il.

Le 21 juillet 1909, le bateau du Prince, la Princesse Alice, est en rade de Santander. Le 22, accompagné des abbés Breuil et Obermaier, de Hermilio Alcalde del Rio, de H. Bourée et de J. Richard, le Prince se rend en automobile à Ramales et Valle :

"Après avoir escaladé un flanc de montagne assez accore, on visitait une caverne remarquable par la présence de dessins de biches merveilleusement conservés"
Journal de Monaco.


La fouille du Castillo en 1913 vue de la grande tranchée (l’abbé Obermaier au premier plan à gauche)


L’abbé H. Breuil guide le Prince dans la grotte du Castillo

Le 23, la journée est consacrée à la visite des grottes du Castillo, où l’abbé Obermaier vient de débuter des fouilles, et d’Altamira. Au Castillo, l’abbé Breuil, sert de guide.

"il pénétra le premier dans l’étroite entrée, suivi de tout le groupe, qui regardait à la lumière des bougies. De vastes salles succédèrent aux étroits corridors, et, pendant deux grandes heures, Son Altesse Sérénissime s’intéressa aux savantes explications que l’abbé Breuil donnait des peintures d’animaux préhistoriques (bisons, éléphants, etc.) qu’à la lueur d’une lampe à acétylène on distinguait nettement sur les parois."
Journal de Monaco.

L’après-midi, le Prince découvre la grotte d’Altamira, dont il vient de financer la publication de la monographie préparée par l’abbé Breuil et Émile Cartailhac.

"Dans cette caverne se trouve un véritable salon de peintures préhistoriques sur l’authenticité desquelles il n’y a pas de doute possible, et l’on ne peut se lasser d’admirer la perfection avec laquelle les artistes d’il y a tant de milliers d’années ont pu reproduire les animaux d’une faune qui existait alors dans ces régions et qui a disparu depuis."
Journal de Monaco.

Le 23 juillet 1914, alors qu’il fait escale à Santander, le Prince, accompagné de membres de son cabinet scientifique, se rend à Puente Viesgo pour visiter la fouille du Castillo. Il retrouve sur place l’abbé Obermaier :

"SAS le Prince vient de quitter le port de Santander. J’ai passé 3 excellentes journées avec lui et nous sommes allés sur la Pasiega et la fouille. Le Prince était extrêmement aimable et très satisfait ce qui sera certainement aussi bien précieux pour tout l’I.P.H."
Lettre de l’abbé Obermaier à l’abbé Breuil

 
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